Eric Clapton, le dieu de
la guitare,
écrit le
guide de survie du rock
NEW YORK
-
Eric Clapton, comme on dit en
anglais, "is good".
Mais le deuxième "o" est
très important. Dans les années 1960, quand les
graffitis londoniens proclamaient "Clapton is God" ("Clapton est
Dieu"), le brillant guitariste britannique effectuait plutôt
une descente aux enfers. Il a abandonné une accoutumance
à l'héroïne pour l'alcoolisme, connaissait une
vie amoureuse désastreuse et a pensé au suicide alors
qu'il tenait une bouteille de vodka, un gramme de coke et un
fusil.
Le guitariste déifié
a longtemps abandonné ce rythme de vie infernal: à 62
ans, il est sobre depuis 20 ans, vit un mariage harmonieux et est
père de trois filles. C'était le bon temps de revenir
sur une vie extraordinaire, comme le membre du temple de la
renommée du rock le fait dans: "Clapton: The
Autobiography".
Contrairement à plusieurs
autobiographies de rock stars, celui-ci n'inclut pas - à la
façon de Led Zeppelin - d'histoires de débauches en
compagnie de groupies ou de révision historique, musicale ou
personnelle. Clapton livre plutôt un compte-rendu brutalement
honnête de sa vie, entrecoupé d'histoire de sa
carrière musicale
inégalée.
Clapton, sirotant une bouteille
d'eau dans une bureau de National Public Radio avant de prendre
part à une émission, dit qu'il s'est
délibérément tenu loin des biographies
habituelles de célébrités.
"Je ne saurais par où
commencer, dit-il. Je ne sais même plus ce que ça veut
dire. 'Célébrité' a perdu tout sens qu'il a
déjà eu. J'ai vraiment tenté de retrouver mon
parcours, d'abord pour moi."
Initialement, Clapton avait
prévu donner une série d'entrevues sur sa vie et de
laisser le soin à quelqu'un d'autre de peaufiner le tout.
Mais après une lecture attentive du premier manuscrit, le
musicien a décidé de s'impliquer davantage dans le
projet.
"Je me suis rendu compte que ce
n'était pas du tout ce que je voulais."
L'inspiration musicale de Clapton,
Robert Johnson, chantait qu'il était poursuivi par un chien
sorti de l'enfer. Clapton en avait toute une meute à ses
trousses, jusqu'à ce qu'un deuxième séjour en
désintoxication ne vienne changer sa vie, en 1987. Johnson
n'a pas vu ses 27 ans et Clapton, à un certain moment,
était convaincu qu'il connaîtrait le même
sort.
"J'entretenais cette croyance
quand j'étais jeune. C'était une façon pour
moi de justifier mon accoutumance: 'Je peux bien le faire si mes
idoles l'ont fait.'."
Malgré tout, Clapton a
légué toute une oeuvre musicale qui a
transcendé les genres tout en inspirant plusieurs
générations. Les titres des chapitres du livre de
Clapton offre d'ailleurs une carte géographique de son
oeuvre: "The Yardbirds", "Cream", "Blind Faith", et "Derek and the
Dominos".
Clapton, dès ses
débuts au sein des Bluesbreakers de John Mayall, a
rapidement pris place au centre de l'univers musical. Il
côtoyait les Beatles et les Rolling Stones, improvisait avec
Muddy Waters et Duane Allman et a influencé Stevie Ray
Vaughan, Derek Trucks et plusieurs milliers d'autres
guitaristes.
Il confesse, sans gêne,
qu'il ne peut se rappeler de tout ce qui s'est alors
passé.
"Mes souvenirs de la fin des
années 60 jusqu'au début des années 80 sont
particulièrement flous. J'écrivais à propos de
ce que je me rappelais, et parfois, on devait me rafraîchir
la mémoire."
Le livre de Clapton n'est
toutefois pas entièrement dénué de passages
dignes des tabloïdes. Il raconte notamment la façon
dont Mick Jagger lui a volé sa fiancée du
début des années 80, un mannequin italien,
l'entraînant vers des pensées
meurtrières.
"Je suis entré dans une
rage mentale intense, explique-t-il. Je voulais le tuer. Je faisais
plein de scénarios pour y arriver ou, à tout le
moins, lui nuire. Le genre de pensées qu'a un alcoolique en
rémission."
Il parle également de son
aventure avec Pattie Boyd, l'ex-madame George Harrison. Leur amour
lui a inspiré les succès "Layla" et "Wonderful
Tonight", avant qu'il ne devienne
récriminations.
Il fait également
référence à son journal intime qu'il
écrivait dans les années 80. Ces écrits, qui
ont croupi dans le grenier plusieurs années, lui ont
rappelé de douloureux souvenirs. Clapton se rappelle que la
plupart de ses séances d'écriture se passaient un
stylo à la main et un verre dans
l'autre.
"J'avais la folie des grandeurs,
dit-il d'un rire dérisoire. Je croyais avoir quelque chose
qui valait la peine d'être lu. C'est ce que l'alcool me
faisait, cela me donnait une impression
d'importance."
Aujourd'hui, Clapton occupe ses
journées tout autrement. En plus de la vie de famille, il
s'occupe de Crossroads, un centre de désintoxication qu'il a
fondé il y a une dizaine d'années. Un concert
bénéfice a d'ailleurs récemment eu lieu et
bien qu'il compte donner moins de spectacles, il ne compte pas
arrêter de se produire sur scène pour
autant.
A travers les années,
Clapton a vu plusieurs de ses amis mourir, de Jimi Hendrix à
George Harrison, de Duane Allman à Bob Marley, de Stevie Ray
Vaughan à Muddy Waters. Quand on lui demande comment il
croit avoir échappé à la mort, il a une
réponse toute prête.
"J'ai toujours pensé que
c'était parce que je n'avais pas assez bien fait,
répond-il. Je suis mieux de ne pas livrer une trop bonne
performance, car ce sera alors le temps de préparer ma
sortie.
"Je suis heureux que ça ait
fonctionné de cette façon, car je ne trouve toujours
pas que je sois au sommet de mon art. J'y travaille
toujours."
Quoi? Eric Clapton travaille
toujours pour s'améliorer?
"Ouais, répond-il en
éclatant de rire. J'essai toujours de trouve le bon
ampli."
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